parry_cinq_lecons

Pour écrire mon billet à propos du troisième roman de Patricia Parry, je pourrais être tenté de reprendre le texte que j'avais rédigé suite à la lecture de son précédent ouvrage : "Petits Arrangements avec l'infâme". J'aurais trois raisons pour cela : la première serait le manque de temps (mais est-ce recevable, comme motif, lorsqu'il s'agit de parler d'un coup de coeur de lecture ?) ; la seconde serait que j'éviterai ainsi de trop révéler l'intrigue de ces "Cinq leçons..." (justification un peu plus acceptable : l'intrigue est si subtile et si parfaitement construite qu'il vaudrait mieux se contenter de ne citer que le titre et d'ajouter : lisez-le !) ; la troisième raison est que les deux romans de Patricia Parry que j'ai lus ont les mêmes qualités : tout le bien que j'ai pu dire du précédent aurait sa place dans le présent billet.
Je vous invite donc à relire mon avis sur "Petis Arrangements..." et j'ajouterai quand même quelques lignes à propos de "Cinq leçons sur le crime et l'hystérie".
Cela ne concernera pas l'intrigue : je serai muet comme une carpe à ce sujet. Il faut entrer dedans sans rien en connaître (sans lire la quatrième de couverture, même) et se laisser guider de rebondissements en bouleversements, entre les deux époques que Patricia Parry place en miroir l'une de l'autre. Dans "Petits Arrangements...", les héros du roman (Anne Faure et Alain Le Tellier) trouvaient un écho à leurs aventures dans des évènements auxquels Voltaire lui-même avait été lié. Ici, les personnages du passé que convoquent Patricia Parry sont Freud et Charcot (entre autres) : Anne et Alain se trouvent mêlés à des crimes mystérieux qui offrent une étrange similitude avec d'autres meurtres survenus au cours de l'hiver 1885/1886 à Paris.
Si je m'attarde un peu, ce sera plutôt sur les qualités supplémentaires que l'on peut trouver dans ces "Cinq Leçons...". Car, même si le précédent roman de Patricia Parry était parfait, l'auteur à réussi à faire encore mieux (peut-on dire d'un roman qu'il est "plus que parfait" ?) en ajoutant quelques petites touches très réussies. En plus de l'intrigue solide et du plaisir (communicatif) qu'éprouve l'auteur à jouer avec la langue (elle passe subtilement du langage actuel au style des années 1880), elle a su approfondir ses personnages et détailler un peu plus ses décors. On entre plus dans les sentiments des divers protagonistes (des deux époques, 1885 et actuelle), et on connait mieux Alain Le Tellier, grâce aux quelques éléments que Patricia Parry nous fournit à propos de son passé. Elle prend cependant le soin de ne révéler que quelques fragments, histoire de nous rendre son héros un peu plus familier, tout en nous donnant d'autres raisons de nous poser des questions sur le psychiatre à la Porsche. En saura-t-on plus au prochain épisode ?
Concernant les décors, c'est avec plaisir que j'ai pu faire du tourisme dans Toulouse et ses environs, proches et moins proches (on va jusqu'à Albi et Montpellier, quand même, et on pousse même jusqu'à Paris, évidemment). Bon, bien sûr, le tourisme se fait parfois au pas de course (ou à l'allure d'une Porsche) et l'on est souvent troublé dans la contemplation de la Ville Rose par le fait qu'un cadavre peut tomber à nos pieds à tout moment, mais le soin apporté par l'auteur à "fignoler" l'ambiance augmente encore le plaisir de lire. Et quand je parle d'ambiance, il y a bien sûr Toulouse au mois de Juillet, écrasée par la canicule, mais il y a aussi Paris durant l'hiver 1885, avec ses rues glaciales et peu sûres, avec la salle de garde de la Salpêtrière et l'amphi où Charcot donne ses cours, avec les bistrots d'étudiants où se retrouvent Freud et son ami Jacob Bloch, sans oublier les bouges qui servent de repaires aux activistes antisémites, tous plus patibulaires les uns que les autres. Tout cela donne au roman une telle vie que l'on se sent vraiment immergé au milieu des personnages. A tel point que, même si c'était à regret que j'interrompais ma lecture de temps en temps, j'avais l'impression de rester en compagnie d'Anne et Alain, de Jacob et de Sigismond... et de tous les autres. Je dois dire, également, que pendant ces pauses de lecture, je continuai à m'interroger, pour essayer de trouver la solution du mystère. Mais rassurez-vous, je n'ai rien trouvé et je me suis fait surprendre par la conclusion.
Dans mon précédent billet, je comparais Patricia Parry à quelques autres auteurs de romans noirs que j'aime beaucoup. Si elle continue comme ça, je vais finir par être obligé de comparer ces auteurs à Patricia Parry