Félix de Azúa - L'Heure du choix

Choisir une femme plutôt qu'une autre ; un homme plutôt qu'un autre. Choisir la résistance ou l'acceptation résignée. Choisir de suivre les conventions de l'art ou de tout envoyer balader, toile, pinceaux, couleurs, et recréer jusqu'à la définition même de l'art. Choisir son pays ou le quitter. Choisir la voie tracée par les générations précédentes ou l'effacer et recommencer à zéro.
L'heure du choix nous présente une brochette de personnages, au début de la vingtaine, dans le cadre de la Barcelone des années 60. Un lieu et une époque où républicains et nationalistes, vaincus et vainqueurs, nouveaux riches et vieilles familles spoliées, étudiants et soldats, artistes et gosses de riches se croisent, se côtoient, se jaugent, s'affrontent.

Essentiellement centré sur une réflexion sur l'art moderne, ce roman nous donne pourtant aussi à réfléchir sur les choix politiques et leurs motivations (vengeance, haine de l'autre, réparation des affronts subis par les ascendants...) ou encore sur l'absence de choix et l'aptitude de certains à se laisser porter par le vent, sans réflexion, si ce n'est de savoir si l'on mettra du gin ou du rhum dans son coca, ou s'il faut ouvrir ou fermer la capote de la Mercedes. Autre question non négligeable soulevée par l'auteur : pour qui sonne l'heure du choix ? Uniquement pour les jeunes, ceux qui ont encore autant d'illusions que de dynamisme ? Ou cette possibilité serait-elle également offerte à leurs parents? IL semble que l'auteur non donne lui-même la réponse (un peu déprimante) quand on voit le père d'Alberto, enfermé dans le souvenir du grand-père que les franquistes ont fusillé ; la mère d'Alberto, enfermée dans ses habitudes de son ménage, son appartement à tenir et le silence de son mari à supporter ; ou encore la mère de Juan, enfermée dans son luxe, son penchant pour la bouteille et ses fantasmes... Quel choix leur est donné, sinon de continuer à tourner en rond dans ces cages qu'ils ont choisies depuis trop longtemps ?  

Dernier point à souligner, et qui participe grandement à la force de ce livre : le style de Félix de Azúa est d'une réelle beauté. Il n'y a pas d'autre mot. Mélodies des phrases, richesse et précision du vocabulaire, élégance des figures de style, pouvoir d'évocation des images, on peut dire que l'auteur a su donner autant de valeur au texte qu'à l'histoire, aux idées ou au protagonistes. Quatre piliers indispensables pour donner vie à un roman réussi.