Aujourd'hui, cours de château fort ! Prenez une feuille, un crayon et une truelle et notez :

Comme évoqué dans un précédent message, la forteresse d'Orval n'existe pas et n'a jamais existé. Le domaine du Baron d'Orval non plus, évidemment.
Sa situation est pourtant bien réelle. Géographiquement, et comme cela a déjà été écrit, la seigneurie d'Orval se situe sur la planèze de Saint-Flour, et donc sous la dépendance du Vicomte de Murat et de l'Evêque de Clermont. Au début du XIIIème siècle c'était en effet ces deux personnages qui détenaient le pouvoir sur la Haute-Auvergne. Saint-Flour, pourtant distante de seulement 20 kilomètres de l'endroit où j'ai placé Orval, n'avait rien à dire.
C'est uniquement en 1317 que le siège de l'évéché de la Haute-Auvergne (qui deviendra le Cantal en 1789) fut établi à Saint-Flour. Et c'est en 1789, donc, que le département du Cantal fut créé (avec Aurillac comme préfécture et Mauriac et Saint-Flour comme chefs-lieux d'arrondissement).

Une fois trouvé l'emplacement de "mon" château, il m'a fallu le "bâtir". J'aurais pu m'inspirer du château d'Alleuze, situé non loin, sur les bords de la Truyère. La photo ci-dessous le montre sous un jour hautement "romantique", apte à stimuler l'imagination de tout écrivain.

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Le Château d'Alleuze et la Truyère vers 1960 (Photo Jean Dif)

D'ailleurs, ledit château d'Alleuze fut la propriété, au XIVème siècle d'un personnage peu recommandable qui me rappelle... non, je ne donnerais pas de nom. Je préfère vous laisser découvrir les divers protagonistes de mon roman au fil des pages.

En fait, la raison pour laquelle je ne retins pas Alleuze est qu'il était trop petit ! J'avais besoin d'une forteresse haute, large, aux décorations riches, aux jardins splendides, une forteresse que jalouseraient tous les seigneurs alentour. J'élargis donc mes recherches au délà des frontières de l'Auvergne pour trouver le château qui conviendrait au Baron d'Orval.
Finalement, après avoir "visité" des dizaines de château (dans des livres, mais aussi sur des sites web merveilleusement bien faits), j'ai "emprunté" le château de Coucy.
Avec ses 54 mètres de haut et ses 31 mètres de diamètres, son donjon correspondait aux ambitions d'Enguerrand d'Orval.

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Reconstitution en images virtuelles du Château de Coucy par Jacques Martel (C) Jacques Martel / Editions Harnois
Plus d'images sur le site VirtualHall

Note : Si vous préférez vous construire vous-mêmes votre vision du château au fil de votre lecture, n'allez pas voir ces images splendides !. Si vous voulez être "accompagnés" dans la visite, vous pouvez y jeter un oeil... tout en sachant que j'ai quand même fait quelques petites adaptations dans mon roman.

Situé dans l'Aisne (à environ 600 km de Saint-Flour, mais rien n'arrête un écrivain), le Château de Coucy fut édifié au XIIIème siècle (dans les années 1220, pour être précis) et ruiné au XVIIème. On ne peut donc pas retrouver parfaitement l'atmosphère de l'époque (ni celle du roman) en se rendant sur place. La preuve :

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Vues actuelles du Château de Coucy (c) Gaspard Kools

Mais grâce aux passionnés qui font des reconstitutions comme celle qui est présentée ci-dessus, on peut s'en faire une idée assez précise ! Et pour plus de précision, rien ne vaut un plan détaillé des lieux. Viollet le Duc s'est chargé de l'établir. Je l'ai simplement adapté par endroit pour servir mon intrigue. Ne le regardez donc pas trop en détail en lisant le Mariage d'Anne d'Orval.

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Extrait de "Description du Château de Coucy" par Viollet-le-Duc - Source : Wikisource

Ce qui est amusant, c'est que, une fois que j'avais jeté mon dévolu sur le Château de Coucy, j'ai voulu connaître son histoire (les fanatiques d'histoire médiévale peuvent en retrouver une version ici). Et quelle ne fut pas ma surprise de constater que plusieurs seigneurs du lieu, et notamment au XIIIème siècle, se nommaient Enguerrand, comme le père d'Anne d'Orval. Je trouvais aussi, parmi ces Enguerrand de Coucy, un homme dont le père se prénommait Albéric... prénom que j'avais choisi pour l'un des fils du Baron d'Orval. Cela me confortait dans le choix de mes prénoms, choix que j'avais arrêté, comme pour tous les personnages, sur la base d'une liste de l'époque.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin : après avoir "démonté" le château de Coucy, je ne pouvais pas le poser n'importe où et n'importe comment sur la Planèze de St-Flour.

J'avais déjà choisi l'endroit (un village à 20 kilomètres de St-Flour, comme expliqué plus haut), mais il me fallait définir l'orientation, la position précise de la forteresse, l'étendue de la basse-cour, l'emplacement du bourg établi en contrebas, et également la disposition des divers éléments : jardin potager, verger, jardin secret, chapelle, écuries.

Je tins compte du relief du lieu, mais aussi d'autres contraintes inévitables, telles que l'orientation de la chapelle par exemple. Et pour m'aider dans ce travail, j'utilisai évidemment les cartes IGN les plus détaillées.

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Source : Geoportail - (c) IGN 2007

Mais j'avais également besoin de cartes plus anciennes, notamment pour retrouver la Truyère telle qu'elle était avant la construction du barrage de Grandval (Grandval, pas Orval !) Par ailleurs, le tracé des routes, la toponymie, tout ça avait très certainement évolué aussi depuis des siècles. Malheureusement, trouver une carte du coin établie entre 1210 et 1230 était tout simplement impossible.

Je me suis donc "rabattu" sur la plus ancienne carte que je pus trouver : une carte de Cassini.

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Source : Bibliothèque Nationale de France (site "cassini.seies.net")

Elle date du XVIIIème et est donc plus proche de nous que de l'époque d'Anne d'Orval, mais comme je l'ai dit, il n'y a pas de cartes du Cantal plus anciennes (je parle de vraies cartes, pas de représentations approximatives). Je constatais alors quels étaient les noms qui avaient changé, quels étaient les villages qui avaient disparu ou étaient apparus.

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Source : Geoportail - (c) IGN 2007

Puis j'apportai mes propres changements : je déformai quelques noms, créai celui d'Orval et, enfin, bâtis ma forteresse.

Disposant alors d'une carte précise de la châtellenie d'Orval et de la forteresse qui en marquait le centre, je pouvais enfin visualiser mon décor, et vivre chaque scène comme si j'y étais. Et vous donner ensuite l'impression d'y être vous même...

Allez, pour être honnête, je vous montre à quoi ressemble vraiment l'endroit où j'ai situé Orval.

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Neuvéglise depuis la route d'Orcières, photographiée le 23 juin 2007

Ceci étant dit, si vous voulez voir comment on bâtit "en vrai" un château fort, il faut visiter le Château de Guédelon, dans l'Yonne, qui est en construction depuis 10 ans, avec les méthodes "d'époque" (ce qui explique les dix ans du chantier, qui est d'ailleurs toujours en cours...)
Mais si j'ai utilisé cette source (avec d'autres), ce n'est pas pour le Château d'Orval, mais pour le château de Merlieu. Ce second "décor" de mon roman est situé, quant à lui, dans le bas-Poitou (l'actuelle Vendée), non loin de Fontenay-le-Comte (qui s'appelait Fontenay tout court à l'époque, mais j'en reparlerai).
Il faut cependant que je précise que j'ai voulu connaître les techniques de construction médiévale non pas pour bâtir le château de Merlieu, mais pour trouver la méthode la plus efficace pour l'assiéger et le réduire en miettes. Et ça marche ! Si vous aviez vu ça ! Enfin, vous pouvez toujours vous en faire une idée. Pour ça, je pense que vous savez ce qui vous reste à faire...