Si c'est un homme - Primo Levi

Après avoir refermé ce livre, comment en parler ? Ajouter un mot à la suite de ceux de Primo Levi serait inutile. Je me contenterai donc de dire que cette lecture est indispensable, voire obligatoire. Même si elle permet seulement d'approcher ce que fut l'horreur de la Shoah, à la fois meurtre de masse et déshumanisation complète et organisée. Je dis bien "approcher", et pas "comprendre". On ne peut comprendre ce qu'ont enduré les victimes (comprendre dans le sens de "mesurer", puisqu'on ne peut ressentir cette accumulation de souffrances, d'humiliation et de désespoir qui s'est abattue sur eux) ; mais on ne peut pas non plus comprendre comment les bourreaux ont pu adopter de tels comportements à l'encontre d'autres êtres humains. 

D'ailleurs, dans l'appendice ajouté par Primo Levi 30 ans après le texte initial de Si c'est un homme, l'auteur aborde ce thème de la "compréhension" : "Peut-être que ce qui s'est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure ou comprendre, c'est presque justifier. En effet, "comprendre" la décision ou la conduite de quelqu'un, cela veut dire (et c'est aussi le sens étymologique du mot) les mettre en soi, mettre en soi celui qui en est responsable, se mettre à sa place, s'identifier à lui. Eh bien, aucun homme normal ne pourra jamais s'identifier à Hitler, à Himmler, à Goebbels, à Eichmann, à tant d'autres encore. Cela nous déroute et nous réconforte en même temps, parce qu'il est peut-être souhaitable que ce qu'ils ont dit - et aussi, hélas, ce qu'ils ont fait - ne nous soit plus compréhensible.".

Je n'en dirai donc pas plus à propos de ce livre (à part "lisez-le et invitez vos proches à le lire !"). Je parlerai plutôt de son auteur et de l'admiration qu'il suscite, à la fois parce qu'il se pose, page après page, uniquement en témoin et jamais en juge, et aussi parce que, tout au long de son internement et à chaque instant de son calvaire, il insiste sur sa volonté de toujours regarder chacun des autres prisonniers comme un homme. Ce regard, c'était la seule arme qui lui restait, malgré la faim, la maladie, les coups, les insultes, le rabaissement continuel, pour lutter contre la déshumanisation voulue par les nazis.