29 octobre 2008
Patricia Parry - Cinq leçons sur le crime et l'hystérie
Pour écrire mon billet à propos du troisième roman de Patricia Parry, je pourrais être tenté de reprendre le texte que j'avais rédigé suite à la lecture de son précédent ouvrage : "Petits Arrangements avec l'infâme". J'aurais trois raisons pour cela : la première serait le manque de temps (mais est-ce recevable, comme motif, lorsqu'il s'agit de parler d'un coup de coeur de lecture ?) ; la seconde serait que j'éviterai ainsi de trop révéler l'intrigue de ces "Cinq leçons..." (justification un peu plus acceptable : l'intrigue est si subtile et si parfaitement construite qu'il vaudrait mieux se contenter de ne citer que le titre et d'ajouter : lisez-le !) ; la troisième raison est que les deux romans de Patricia Parry que j'ai lus ont les mêmes qualités : tout le bien que j'ai pu dire du précédent aurait sa place dans le présent billet.
Je vous invite donc à relire mon avis sur "Petis Arrangements..." et j'ajouterai quand même quelques lignes à propos de "Cinq leçons sur le crime et l'hystérie".
Cela ne concernera pas l'intrigue : je serai muet comme une carpe à ce sujet. Il faut entrer dedans sans rien en connaître (sans lire la quatrième de couverture, même) et se laisser guider de rebondissements en bouleversements, entre les deux époques que Patricia Parry place en miroir l'une de l'autre. Dans "Petits Arrangements...", les héros du roman (Anne Faure et Alain Le Tellier) trouvaient un écho à leurs aventures dans des évènements auxquels Voltaire lui-même avait été lié. Ici, les personnages du passé que convoquent Patricia Parry sont Freud et Charcot (entre autres) : Anne et Alain se trouvent mêlés à des crimes mystérieux qui offrent une étrange similitude avec d'autres meurtres survenus au cours de l'hiver 1885/1886 à Paris.
Si je m'attarde un peu, ce sera plutôt sur les qualités supplémentaires que l'on peut trouver dans ces "Cinq Leçons...". Car, même si le précédent roman de Patricia Parry était parfait, l'auteur à réussi à faire encore mieux (peut-on dire d'un roman qu'il est "plus que parfait" ?) en ajoutant quelques petites touches très réussies. En plus de l'intrigue solide et du plaisir (communicatif) qu'éprouve l'auteur à jouer avec la langue (elle passe subtilement du langage actuel au style des années 1880), elle a su approfondir ses personnages et détailler un peu plus ses décors. On entre plus dans les sentiments des divers protagonistes (des deux époques, 1885 et actuelle), et on connait mieux Alain Le Tellier, grâce aux quelques éléments que Patricia Parry nous fournit à propos de son passé. Elle prend cependant le soin de ne révéler que quelques fragments, histoire de nous rendre son héros un peu plus familier, tout en nous donnant d'autres raisons de nous poser des questions sur le psychiatre à la Porsche. En saura-t-on plus au prochain épisode ?
Concernant les décors, c'est avec plaisir que j'ai pu faire du tourisme dans Toulouse et ses environs, proches et moins proches (on va jusqu'à Albi et Montpellier, quand même, et on pousse même jusqu'à Paris, évidemment). Bon, bien sûr, le tourisme se fait parfois au pas de course (ou à l'allure d'une Porsche) et l'on est souvent troublé dans la contemplation de la Ville Rose par le fait qu'un cadavre peut tomber à nos pieds à tout moment, mais le soin apporté par l'auteur à "fignoler" l'ambiance augmente encore le plaisir de lire. Et quand je parle d'ambiance, il y a bien sûr Toulouse au mois de Juillet, écrasée par la canicule, mais il y a aussi Paris durant l'hiver 1885, avec ses rues glaciales et peu sûres, avec la salle de garde de la Salpêtrière et l'amphi où Charcot donne ses cours, avec les bistrots d'étudiants où se retrouvent Freud et son ami Jacob Bloch, sans oublier les bouges qui servent de repaires aux activistes antisémites, tous plus patibulaires les uns que les autres. Tout cela donne au roman une telle vie que l'on se sent vraiment immergé au milieu des personnages. A tel point que, même si c'était à regret que j'interrompais ma lecture de temps en temps, j'avais l'impression de rester en compagnie d'Anne et Alain, de Jacob et de Sigismond... et de tous les autres. Je dois dire, également, que pendant ces pauses de lecture, je continuai à m'interroger, pour essayer de trouver la solution du mystère. Mais rassurez-vous, je n'ai rien trouvé et je me suis fait surprendre par la conclusion.
Dans mon précédent billet, je comparais Patricia Parry à quelques autres auteurs de romans noirs que j'aime beaucoup. Si elle continue comme ça, je vais finir par être obligé de comparer ces auteurs à Patricia Parry.
03 janvier 2008
Patricia Parry - Petits Arrangements avec l'Infâme
Impossible de savoir comment écrire cet article à propos de "Petits Arrangements avec l'Infâme". Je pourrais commencer par vous décrire la façon jubilatoire avec laquelle j'ai dévoré (ou me suis fait dévoré par) cette intrigue. Je pourrais plutôt vous expliquer le plaisir que j'ai eu à suivre Patricia Parry lorsqu'elle joue avec les mots, en véritable amoureuse de la langue française, qu'il s'agisse de la langue du XVIIIème siècle ou du langage des cités actuelles, en passant par divers registres adaptés à ses multiples personnages et aux situations dans lesquelles elle les plonge.
Je pourrais aussi vous parler de la tension que j'ai connue en parcourant les cent cinquante dernières pages, d'une traite, un vendredi soir alors que je m'étais promis que je ne lirais que vingt pages avant de dormir parce que demain on part tôt et qu'il y a de la route... Mais c'est impossible, on lit, on lit, on tourne la page, on atteint la fin d'un chapitre et on veut connaître la suite, alors on continue et on croit comprendre et on ne comprend rien alors on continue encore et comme ça jusqu'à la fin... Une fin où Patricia Parry nous explique tout... pour mieux nous déconcerter. Et finalement nous instiller une dernière dose de mystère avant le point final...
Je pourrais aussi vous parler de la façon dont ce mystère, justement, est conçu et agencé. Car, en plus de l'écriture et du rythme, l'un des points forts de ce roman est assurément la construction de l'intrigue et la façon dont elle se dévoile. En y réflechissant, après avoir refermé le roman, je me suis dis que l'intrigue était belle "dans les deux sens", si je peux me permettre cette expression : elle est belle quand on la découvre, au fur et à mesure que l'auteur nous donne ses clés, mais elle est belle aussi une fois qu'on a tous les éléments en mains et que l'on peut considèrer, dans son ensemble, l'architecture imaginée par l'écrivain. Evidemment, il vaudrait mieux que tous les romans à suspens présentent cette qualité, mais ce n'est pas toujours le cas.
A propos de ces différents "éléments" de l'intrigue, je pourrais aussi ajouter que, plus d'une fois, je me suis surpris à sourire de bonheur face à certaines révélations (que je ne peux pas "révéler" ici). Et je me suis même laissé aller, à la dernière ligne de la page 129, à m'exclamer : "Mmmmh ! J'adore !" Patricia Parry commençait à lever le voile sur le piège qu'elle me préparait, et je jubilais de me voir piéger.
Enfin, j'aurais aussi pu souligner la finesse avec laquelle est évoqué le sujet de l'intolérance religieuse (et aussi de toute forme d'a priori basés sur n'importe quel critère aussi peu défendable). Les personnages de ce roman, représentatifs de diverses communautés, de diverses catégories sociales, sont tous nettement définis, mais sans être des caricatures. Ce sont des êtres vivants, émotifs, sensibles, dont les motivations, les sentiments, les faiblesses, les qualités, les comportements, les idées sont complexes. Mais Patricia Parry saisit et rend avec beaucoup de talent cette complexité (sans doute est-ce un apport non négligeable de son autre métier). Et elle nous démontre surtout qu'il n'y a pas des bons d'un côté, des méchants de l'autre, mais qu'il y a des bons et des méchants, des brutes et des tendres, des forts et des faibles, et aussi des fous, des malades, des fragiles de tous les côtés et à toutes les époques. Cette vision du monde va à l'encontre de l'habitude facile et rassurante qui nous pousse à étiqueter les gens que l'on croise. Alors en plus du style, du rythme et de son "architecture", ce roman porte en lui une étincelle qui pousse à la réflexion. Ce n'est pas sa moindre qualité.
Voilà donc tout ce que j'aurais pu vous dire, mais je ne le ferai pas. Non, je vous dirai plutôt qu'en lisant "Petits Arrangements avec l'Infâme", je pensais à mes trois auteurs préférés de romans "à suspens" : Agatha Christie, Ken Follet et Fred Vargas. Et maintenant que j'ai refermé ce livre, il me semble pouvoir allonger la liste d'un quatrième nom.














