Sébastien Fritsch, Ecrivain

Le 18 février 2009, est paru mon troisième roman : "Derrière toute chose exquise". Un roman bleu-noir, à la fois sentimental et cruel, dans lequel se tissent des liens tragiques entre la beauté et la mort.

09 novembre 2009

Jerome K. Jerome - Trois hommes dans un bateau

Ce roman raconte l'histoire de trois amis, anglais, paresseux et imbus d'eux-mêmes, qui décident de faire une ballade de deux semaines sur la Tamise. Autant dire qu'il n'y a pas d'histoire. 

Jerome_3_hommes_dans_un_bateau

Mais peu importe, cette promenade en bateau n'est qu'un prétexte : à découvrir la société anglaise de la fin du XIXè siècle et surtout à rire. L'auteur a en effet une plume alerte et expose des situations qui sont plutôt amusantes, bien que quelque peu désuètes. Oui, mais, voilà, au bout de quelques dizaines de pages, les aventures de nos trois pieds nickelés, entrecoupées de multiples anecdotes issues de leurs passionnantes vies de dandies fainéants et hautains, finissent par se répéter. Et si, au début, on sourit, on en vient quand même très rapidement à retenir des bâillements, comme quand on était enfant et qu'un vieil oncle n'en finissait plus d'enchaîner ses souvenirs de service militaire à la fin des repas de famille. Et, de même qu'il était impossible de ne pas s'assoupir en bout de table, bercé par la voix inextinguible du fâcheux parent et un peu alourdi par la viande en sauce et les pâtisseries grasses, on laisse les trois énergumènes de Jerôme K. Jerome s'éloigner peu à peu dans le courant de la Tamise... et aller se perdre à un endroit où l'on n'aura pas tellement envie d'aller les rechercher.

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06 novembre 2009

Michael Connelly - La Blonde en béton

Première rencontre avec cet auteur... qui se solde par l'envie d'en faire d'autres.
connelly_la_blonde_en_betonC'est un peu au hasard que j'ai choisi ce roman. Il n'est ni le premier ni le dernier dans lequel apparait l'inspecteur Harry Bosch, mais ce flic m'a bien plu. Et l'univers dépeint par Michael Connelly aussi.
Pourtant, l'ambiance n'est pas tellement joyeuse, ici. On commence par l'évocation d'une série de meurtres sadiques, survenus quatre ans plus tôt ; on continue par un procès un peu surréaliste dans lequel Bosch est mis en cause pour avoir joué les "cow boys" en descendant le principal suspect sans suivre la procédure officielle ; et on continue par la découverte de la brigade des moeurs de Los Angeles et du milieu sordide du X et de la prostitution, du fait que, malgré la mort certaine du coupable, les meurtres semblent reprendre... et ne touchent que des femmes de ce monde-là.
En assemblant tout cela, on réalise bien vite que Michael Connelly ne nous propose pas une gentillette promenade pour touristes dans la Cité des Anges. 
Pourtant, en suivant quelques jours de la vie d'Harry Bosch, on en apprend sans doute beaucoup plus sur la réalité californienne qu'en lisant le guide du Routard. Par ailleurs, outre son côté "instructif", ce roman propose un suspens parfaitement bien agencé, mêlant une facette juridique (avec le procès de Bosch) à une enquête policière (puisque les meurtres ont repris, il faut bien trouver un autre coupable, non ?). Et d'un côté comme de l'autre, l'auteur n'est pas avare en rebondissements, en surprises et en fausses pistes (destinées à nous faire croire qu'on est suprêmement intelligents parce qu'on pense avoir tout compris... et en fait, pas du tout). Finalement, les pages tournent toutes seules, on s'interroge et on s'inquiète, on veut savoir le fin mot de l'histoire et, une fois qu'on le connait... on en redemande ! 

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05 novembre 2009

Philippe Besson - L'Arrière-saison

L'idée de départ était bonne, mais le résultat est plutôt décevant. 
Initialement, Besson s'était mis en tête de raconter l'histoire des personnages d'un tableau d'Edward Hopper. Comme j'aime le travail de ce peintre et que j'ai aussi une fâcheuse tendance à broder des histoires à partir d'une simple image (plus souvent une scène aperçue dans la rue qu'un tableau, mais le principe est le même), je me disais que nous avions au moins deux points communs, Philippe Besson et moi, et que nous allions nous retrouver. Ce ne fut pas le cas.Besson_l_arriere_saison
Tout d'abord, la méthode narrative employée est plutôt agaçante. Pas dès le départ, puisque l'auteur commence par exposer les réflexions personnelles que se font, in petto, les deux premiers personnages présents (la femme à la robe rouge et le serveur). Même s'il y a déjà quelques longueurs, ça peut passer. Mais c'est ensuite, quand un puis deux autres hommes entrent dans le café, que les choses se gâtent. Car on assiste alors à des échanges de paroles entrecoupées de longues explications sur chacune des phrases prononcées, sur leur sens, le ton employé, l'historique que sous-tend chacune de ces répliques. 
Ensuite, le style est étrangement plat, froid. Les explications dont je parle plus haut, faites au présent, sont un descriptif dans lequel je n'ai trouvé aucune âme, ayant l'impression parfois de lire des constatations d'huissier plutôt qu'un roman. Et puis, ce qui n'arrange rien, c'est que ce style est parsemé de ce que j'appellerais des "fautes de goût". En effet, régulièrement, surgit l'un ou l'autre mot qu'on sent ne pas être à sa place. Soit parce que son sens est totalement décalé, exagéré, soit parce qu'il appartient à un registre lexical totalement différent de celui qui prévaut tout le reste du temps. Je me souviens notamment du mot "fortiche" qui apparait pour décrire l'incapacité de l'un des personnages à exprimer ses sentiments. Tout cela sent l'utilisation inconsidéré d'un dictionnaire des synonymes. Enfin, bon, c'est mon humble avis.
Le troisième point négatif, à mon sens, est le manque total de cohérence du roman. Les personnages changent d'état d'esprit sans cesse, oscillant du regret à la haine, de l'amertume au désir, de l'affliction la plus profonde à l'envie subite de manger un bon et gros sandwich. Evidemment, les personnages sont bouleversés, mais ces bouleversements sont exposés avec un certain manque de finesse. 
D'autant plus (quatrième grief que je ferai à ce roman) que l'auteur nous prend pour des demeurés, au point de répéter deux ou trois fois certains mots où certaines phrases, sous des formes différentes. Une fois encore : merci le dictionnaire des synonymes. 
Trois exemples (tirés d'un seul et même paragraphe) : "Dès l'instant qu'elle ne l'a pas chassé, elle a admis sa présence à lui, elle a concédé implicitement qu'elle acceptait cette présence, elle en a fait quelque chose d'acquis, d'incontournable, sur quoi on ne reviendrait pas. Alors, il force sa chance. Il pousse Louise à reconnaître qu'elle souhaite, au fond d'elle, qu'il ne parte pas, qu'il reste".
Enfin, le dernier élément qui m'a déplu, ce sont les libertés que l'auteur a pris avec le tableau. Il commence par décrire la robe rouge et l'habit du serveur : jusque là, tout va bien. Mais ensuite, quand les hommes arrivent, aucun n'a de chapeau ni de cravate. Ils sont en tee-shirt. On comprend vite que l'histoire ne se passe pas en 1942, date à laquelle Edward Hopper à peint "Nighthawks". On le comprend d'autant plus quand la femme à la robe rouge sort son portable. Ah ! Quelle belle invention que le téléphone portable ! Cela permet de faire intervenir des personnages extérieurs et d'apporter des rebondissements de la façon la plus facile qui soit. Surtout quand il sonne (comme par hasard), au moment où l'un des hommes présents s'éloigne pour aller aux toilettes (encore une facilité scénaristique, selon moi). Et puis, l'histoire ne se passe pas à New-York, en pleine nuit, comme dans le tableau, mais à Cape Cod, en début de soirée, au moment où le soleil descend sur l'horizon.
Evidemment, ce n'est qu'un détail. Mais il ne faut pas dire que l'on raconte l'histoire d'un tableau quand on change des éléments du tableau.
Par ailleurs, je me suis renseigné sur ledit tableau et il apparait qu'il provient lui-même déjà d'une histoire... écrite par Hemingway. Et parmi les personnages représentés par Hopper, il y en a deux auxquels Hemingway avait donné un rôle de tueur... Là, ça doit être intéressant...  

Pour être complet (et rendre justice au peintre) voici une vue complète du tableau évoqué : 
hopper
Edward Hopper - Nighthawks (1942) - Art Institute of Chicago

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26 octobre 2009

Jean-Paul Dubois - Parfois je ris tout seul

Parfois je ne ris pas du tout.
Parfois je ne souris même pas.
Parfois, je soupire d'ennui.
Parfois je suis consterné.
Parfois, j'hésite à abandonner.
Parfois, je me demande pourquoi j'ai voulu tenter de nouveau de lire cet écrivain qui m'avait déjà déçu.
Parfois je me demande comment on peut écrire des textes pareils, en rabachant tous les poncifs éculés de la haine conjugale, de la haine filiale, de la haine du voisin, de la haine bête et méchante, sans même un peu d'imagination ou de classe.
Parfois je me demande comment on peut publier des bouquins pareils, avec une quatrième de couverture aussi mensongère ("Entre Beckett et Desproges, des chroniques féroces et excessivement drôles" (je cite de mémoire). Pauvre Beckett ! Pauvre Desproges !)
Parfois, je me demande comment on peut vendre ces mêmes livres.
Parfois, je me demande comment on peut les acheter.
Et puis je me souviens que ce livre, je l'ai trouvé, avec d'autres, à la bibliothèque de mon quartier, qui les soldait à prix d'ami, au profit d'une association d'aide à l'enfance. Alors, je souris tout seul. Merci pour eux, monsieur Dubois.

Dubois_parfois_je_ris_tout_seul

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24 octobre 2009

Jacques Poulin - Le Coeur de la baleine bleue

C'est le hasard, sans doute, mais après cinq mois sans ouvrir un livre, les deux premiers qui me passent entre les mains m'apparaissent avoir quelques points communs. Non, je n'ai pas dit que le style de Jacques Poulin et celui d'Emmanuelle Pagano se ressemblaient. Ils sont même très distants l'un de l'autre. Simplement, dans Le Coeur de la baleine bleue, la mort, la solitude et la tristesse sont tout aussi présentes que dans Le Guide automatique
Ici, cependant, c'est dans la douceur que l'on visite ce pays solitaire et mélancolique qu'est la vie de Noël. Ce narrateur, apprenti écrivain, comme il se définit lui-même, n'est pourtant pas seul, en apparence. Sa femme Elise, le voisin Bill, le docteur Grondin (le chirurgien qui lui a fait une transplantation cardiaque), mais aussi la concierge, une serveuse poétesse et puis "la baleine bleue" : plein de gens tournent autour de lui.
Poulin_le_coeur_de_la_baleine_bleuePourtant, il est vraiment seul : seul face aux questions qui lui viennent à propos du coeur qu'on a greffé à la place du sien (un coeur de jeune fille qui, depuis qu'il bat dans sa poitrine, lui donne l'impression de ne plus être le même, d'être devenu plus doux) ; seul face au roman dans lequel il essaie d'avancer (mais l'histoire lui échappe, il ne parvient pas à rejoindre son "pôle intérieur", pour puiser ce qui manque à son histoire). Elise lui dit d'ailleurs qu'elle l'attendra "de l'autre côté" ; ce qui veut dire qu'elle restera dans l'attente, jusqu'à ce qu'il ait fini son roman et qu'il soit revenu de ce voyage en solitaire.
On retrouve ici l'un des thèmes importants de Jacques Poulin : le travail de l'écrivain. Et il en dit encore de belles choses. 
Mais l'on retrouve aussi des lieux qui lui sont chers. Et c'est dans le Vieux Québec qu'il choisit de nous entraîner, pour que nous suivions Noël dans ses promenades sur les lieux de son passé. Des promenades... solitaires.
Pour finir, je reviendrai à ce que je disais en introduction : les points communs entre ma précédente lecture et celle-ci. J'en vois effectivement un autre : la capacité de ces deux auteurs à nous emporter dans leurs décors, à nous les faire visiter, à la fois par les descriptions mais aussi par les sensations que peuvent offrir ces lieux, des sensations très bien rendus, au travers du regard de leurs narrateurs. Car, en fin de compte, c'est peut-être plutôt l'intérieur de leurs personnages que nous sommes invités à parcourir. Pour sentir battre en nous ces coeurs qui ne sont pas les nôtres.  
 
Un passage :
- Pourquoi un homme commence-t-il à écrire ?
- Peut-être parce qu'il a du mal à vivre...

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22 octobre 2009

Emmanuelle Pagano - Le Guide automatique

Courte nouvelle, mais marquée des mêmes qualités que les deux romans du même auteur que j'ai déjà lus (Les Adolescents troglodytes et Les Mains gamines) : l'écriture est à la fois poétique et "directe" (voire crue) ; l'ambiance rurale est d'un réalisme touchant : plutôt triste, car empreinte de solitude et de deuil, mais si bien dépeinte (grâce cette écriture unique, justement) ; certaines idées sont plutôt originales, comme celle de ce vieil homme qui se met à raconter des histoires locales (vraies ou inventées) dès qu'on ouvre la porte derrière laquelle il se tient (d'où le titre de la nouvelle), mais en même temps, Emmanuelle Pagano aborde, une fois encore, des thèmes universels qui nous touchent tous (ici, c'est la vieillesse, la décrépitude et la mort).
Tout cela est, une fois encore, présenté avec une dureté (et parfois une certaine cruauté) qui est l'une des particularités du style d'Emmanuelle Pagano. Une particularité qui donne à ses écrits un côté un peu étrange et, en tout cas, déstabilisant.
C'est donc un très beau texte et, en même temps, un texte "coup de fouet", autant par la rapidité de la lecture que par les scènes qu'il expose et qui secouent.


Pagano_le_guide_automatique

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l'avis d'Antigone (qui, une fois de plus m'a influencé dans mes choix de lectures, au point que lors du dernier salon du livre de Bordeaux, quand j'ai vu le stand de l'éditeur de cette nouvelle (La Librairie Olympique), je n'ai pas pu résister).
Et pour en savoir encore plus, lisez ce que dit l'auteur
sur son site à propos de la genèse de cette histoire (ce petit texte de présentation est d'ailleurs repris sur la quatrième de couverture).  

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Liste de lectures

Billet créé le 18/12/2007. Dernière(s) mise(s) à jour (Indiquée(s) par (+) avant le nom de l'auteur): 06/11/2009.
Légende en fin de billet.

A
Milena Agus - Mal de Pierre ......................................AA
Richard Andrieux - L'Homme sans lumière.................AA 

B
Honoré de Balzac - (R) Eugénie Grandet (*)...................AAA
Muriel Barbery - L'Elégance du Hérisson.......................0 (abandon)
René Barjavel - La nuit des Temps.......................AAA
Charles Baudelaire - (R) Le Spleen de Paris...................AAA.....Poésie
Tonino Benacquista - Malavita..................................A
Philippe Besson - L'Arrière-saison............................A
Christian Bobin - Une petite robe de fête (*)..................AA
Christian Bobin - La part manquante(*)........................AA
Hugo Boris - Le baiser dans la nuque..........................AAA
Hugo Boris - La délégation norvégienne.......................AA
Ray Bradbury -  (R) Chroniques Martiennes.............AAA
Chrystine Brouillet - Le Collectionneur.....................AA

C
Fabrice Caro - Figurec..........................................AAA
Didier van Cauwelaert - La vie interdite......................AAA
Blaise Cendrars - L'Or............................................AA
Javier Cercas - Les Soldats de Salamine...................A
Emil Cioran - Sur les cimes du désespoir.....................en cours....essai
Philippe Claudel - Les âmes grises.............................AA
Bernard Clavel - L'Ouvrier de la nuit............................AA
Jean Cocteau - Thomas l'Imposteur ............................AA
Solenn Colléter - Je suis morte et je n'ai rien appris.........AA
(+) Michael Connelly - La Blonde en béton .....................AA
Emmanuel Crozet - Un pays Merveilleux .......................AA......Poésie

D
Didier Daeninckx - Camarades de Classe..................A
Hélène Dassavray - Les Ruines de la future maison.......AAA
Christophe Debien - L’affaire du boucher du Vieux-Lille.....AA
Philippe Delerm - Le Portique ...................................AA
Philippe Delerm - A Garonne (*)..(et ici aussi)................AA
Philippe Delerm - La sieste assassinée (*).....................AA
Philippe Delerm - Le Buveur de Temps.....................AA
Erri De Luca - Le contraire de un.........................A
Pierre Desproges - (R) Manuel de savoir-vivre à l'usage
                            des rustres et des malpolis...............AAA
Pierre Desproges - Chronique de la haine ordinaire II (*)...AAA
Pierre Desproges - (R) Dictionnaire superflu à l'usage 
                            de l'élite et des bien nantis..............AAA
Nicolas Dickner - Nikolski .....................................A1/2
Philippe Djian - Zone érogène.................................AA
Maurice Druon - (R) Tistou les Pouces Verts (*).................AAA
Jean-Paul Dubois - Maria est morte ..........................0
Jean-Paul Dubois - Parfois je ris tout seul...............0

E
Jean Echenoz - Ravel...................................... AA

F
William Faulkner - Tandis que j'agonise................. en cours
Gustave Flaubert - (R)
Madame Bovary..........................A
Ken Follet - Le troisième Jumeau.............................AAA

Ken Follet - Code Zéro..........................................AAA
Ken Follet - Comme un vol d’aigles ..........................AAA
Ken Follet - Peur blanche (*).................................AA

G

Anna Gavalda – Ensemble, c’est tout........................AA

Anna Gavalda – L’Echappée Belle.............................AA
Julie Gravel-Richard - Enthéos...........................AA


H
Christelle Héron - Un jour, je serai grande (*)..................AA

Mary Higgins Clark - Nous n'irons plus au bois..............A

Robin Hobb - l'Assassin Royal (tomes 1 à 5) ................AAA
Andrew Holleran - Le Passant Chagrin.....................AA

 

I
John Irving - Une veuve de papier ...........................AAAA
John Irving - Les Rêves des autres ...........................AA
Jean-Claude Izzo - Solea (*).....................................A

J
Philippe Jaenada - Plage de Manacorra, 16h30..........AAA
(+) Jerome K. Jerome - Trois hommes dans un bateau...A (abandon)
Thierry Jonquet
- Mon vieux (*)..............................A

K
Douglas Kennedy - L'Homme qui voulait vivre sa vie........AA
Milan Kundera - L'Identité ....................................AA

L
Michèle Lesbre - La Petite Trotteuse......................... AAA
Michèle Lesbre - Le Canapé rouge ........................AAA
Marc Lévy - Et si c'était vrai ? ................................A

M
Ian McEwan - Samedi........................................ A
Sève Maël - Couloir de Gauche .............................AA
Pierre Magnan - Le Sang des Atrides (*)..................AAA
Pierre Magnan - L'Aube Insolite.........................AA
Marcus Malte - Toute la nuit devant nous................A
Mathias Malzieu - Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi... 0 (abandon)
Henning Mankell L’homme qui souriait..................A
Henning Mankell - Les Chiens de Riga.................AA

Sandor Maraï - Les Braises .................................A
Martine Maury - Mathilde ou les Ecirs de la Passion.....AA
Martine Maury - Nul ne la prit fors le vent (*)..........AA
Martine Maury - La Dioné d’Ali (*).........................AA
Laurent Mauvignier - Loin d'Eux........................0
Stéphane Michaka - La Fille de Carnegie............AAA
Patrick Modiano - Accident nocturne ......................AA
Patrick Modiano - Dimanches d'août .......................AAA
Patrick Modiano - Dans le café de la jeunesse perdue... AAAA

N
Marie Nimier- La Reine du Silence ........................AA
Marie Nimier - La Caresse .................................0
Amélie Nothomb - Les Catilinaires........................AA
Amélie Nothomb - Le sabotage amoureux ...............A
Amélie Nothomb - Stupeurs et tremblements.(*)........AA
Amélie Nothomb - Péplum .................................0

O
Véronique Ovaldé - Et mon coeur transparent...... AAA

P
Arto Paasilinna - La Douce Empoisonneuse.........AA
Arto Paasilinna - Prisonniers du Paradis.............AA
Emmanuelle Pagano - Les Adolescents Troglodytes..AAA
Emmanuelle Pagano - Les Mains gamines............ AA
Emmanuelle Pagano - Le Guide automatique......... AA
Patricia Parry - Petits Arrangements avec l'Infâme......AAA
Patricia Parry - Cinq leçons sur le crime et l'hystérie....AAA
Franck Pavloff - Matin brun (*)...............................A
Ellis Peters - Une rose pour loyer...........................AA
Carmen Posadas - Petites Infamies ........................AA
Jacques Poulin - Les Grandes Marées.....................AA
Jacques Poulin - Le Vieux Chagrin.........................AA
Jacques Poulin - Le Coeur de la baleine bleue.........AA
Philippe Puigserver - La Malicorne......................AA

Q
Yann Queffelec- Moi et Toi ................................0

R
Philip Roth - J'ai épousé un communiste .................000
Philip Roth - Un homme.................................AAA
Philippe Roucarie - Le paradis du grand loup blanc .....AA
Carlos Ruiz Zafon - L'Ombre du Vent (*)..................AAA

S
Eric-Emmanuel Schmitt - Petits crimes conjugaux ......AA.....Théâtre
Eric-Emmanuel Schmitt - L'Evangile selon Pilate ........A
Eric-Emmanuel Schmitt - La Rêveuse d'Ostende.....0 (abandon)
Luis Sepulveda - Un nom de torero ......................AA
Georges Simenon - Le suspect ............................A
Christine Spadaccini - Existe en ciel....................AAA

T
(+) Laurence Tardieu - Un temps fou........................ en cours
Kressmann Taylor - Jour sans retour.................AA
Jean Teulé - Le Magasin des suicides(*)............. 0
Michel Tremblay - La Grosse femme d'à côté est enceinte (*).. 0 (abandon)

U
Emmanuelle Urien - La Collecte des monstres (*)......A

V
Zoé Valdés - Miracle à Miami........................ 0 (abandon)
Zoé Valdés - Danse avec la vie....................... en cours (en pause)
François Vallejo - Ouest ..................................0
Mario Vargas Llosa - Qui a tué Palomino Molero?(*)..AA
Mario Vargas Llosa - La fête au bouc ...................AAAA
Fred Vargas - Les jeux de l'amour et de la mort......AA
Fred Vargas - Ceux qui vont mourir te saluent (*)....AA
Fred Vargas - Un peu plus loin sur la droite ..........AA
Fred Vargas - Debout les morts...........................AAA
Vercors - (R) Le silence de la mer............................AAAA
Boris Vian - (R) L'Ecume des Jours (*).......................AAAA
Boris Vian - (R) L'Automne à Pékin..........................AA

W
Herbert George Wells - (R) La Guerre des Mondes ........AA
François Weyergans - Je suis écrivain (*)..............AA
Oscar Wilde - (R) - Le Portrait de Dorian Gray.......... AAAA

Z
Stefan Zweig - (R) La confusion des sentiments (*) (voir ici aussi)..AAAA

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Les titres qui comportent des liens renvoient vers les avis publiés sur ce blog. Les liens suivis d'une astérisque renvoient vers des messages qui comportent des avis très courts, souvent sur plusieurs livres en même temps, ou même simplement une citation.
L'évaluation indiquée, tout à fait subjective et personnelle (évidemment), doit se lire ainsi :
- 0 sont les romans que je n'ai pas finis (je précise alors : "abandon") ou qui m'ont déplu
- A sont les romans peu intéressants, décevants, oubliables.
- AA correspondent aux ouvrages que j'ai aimés.
- AAA sont ceux que j'ai adoré
s
- AAAA sont ceux que je trouve exceptionnels, que j'ai lus ou relus et que je relirai sans doute.

Quand l'ouvrage n'est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, cela est précisé (Poésie, Théâtre...).
Quand le nom de l'auteur est souligné, c'est qu'il s'agit d'un roman noir, d'un polar, d'un thriller, et tout ce qui ressemble un peu à tout ça.
Le (R) avant le titre (pour "Relecture") signifie que c'est une deuxième, troisième, quatrième (etc) lecture du même ouvrage.

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20 mai 2009

Philippe Jaenada - Plage de Manacorra, 16h30

Jaenada_Plage_de_ManacorraUn excellent roman, dont je n'ai pas encore eu le temps de dire tout le bien que je pense. Cela fait plus de dix jours que je l'ai dévoré, mais mes occupations diverses et variées me laissent actuellement peu de temps pour venir bloguer par ici. En plus, il y a de grandes chances pour que ce soit le dernier roman que je lise avant un bon bout de temps, puisque je me suis remis en mode "écriture" et que la fonction "lecture" est donc en sommeil. Mais bon, je ne suis pas là pour parler de moi, mais de ce roman de Philippe Jaenada : cessons donc ces digressions ! (Après ça, je vais me plaindre de ne pas avoir assez de temps pour bloguer !)

Pour faire simple, "Plage de Manaccora, 16 h 30" raconte les vacances en Italie d'un écrivain (dénommé Voltaire, restons modestes), accompagné de sa femme Oum (comme Oum Kalsoum) et de leur fils de sept ans, Géo (comme Géo Trouvetou, pour continuer dans les références culturelles). Tout se passe bien, jusqu'au jour (le troisième jour des vacances) où la forêt voisine prend feu. La résidence où s'est installée notre petite famille se retrouve coupée du monde, piégée, de même que le camping situé juste à côté : il n'y a en effet qu'une route pour y arriver et elle est barrée par des troncs en flammes. Il ne reste qu'une solution : fuir vers la plage... qui s'avère bordée d'arbres sur plusieurs kilomètres, lesquels arbres prennent feu les uns après les autres, lançant alors, aux trousses des touristes affolés une chaleur insoutenable et une épaisse fumée noire. La fuite doit donc continuer : les estivants tentent coûte que coûte de s'éloigner de l'enfer, en suivant la côte, sur le sable, sur les rochers ou dans la mer.
Voilà donc la trame de ce roman : on suit cette fuite, pendant quelques heures, ce qui permet à Jaenada d'instaurer un vrai suspense. En réalité on ne s'inquiète pas trop pour le narrateur (puisqu'il est là pour le raconter, c'est qu'il s'en est sorti, non ?), mais plutôt pour ses proches, Oum, Géo et quelques amis.
Mais même si la tension est bien réelle (et pousse à tourner les pages avec avidité), ce qui est le plus réussi est la méthode narrative employée par l'auteur : il aurait pu nous la faire en Bruce Willis sauveur du monde qui ne craint pas les flammes, avec l'angoise suintant à chaque ligne (pas très original), mais il opte pour un style (très) détendu, comme s'il nous invitait à prendre un pot et nous racontait ses vacances en Italie, tranquillement attablés à la terrasse d'un bistrot. "Ah, oui, au fait, j'tai pas dit : on a failli mourir brûlés vifs."
On profite donc d'une narration très fluide, entrecoupée de multiples parenthèses (voire doubles parenthèses), d'apartés, jeux de mots, blagues à deux balles et autres pensées railleuses du narrateur qui, finalement, donnent un ton tout à fait original pour une histoire qui est, en fait, réellement tragique.
Mais, je dois le dire, il n'y a pas que cette originalité qui rende intéressant le choix de style fait par l'auteur : la façon dont il écrit donne vraiment l'impression qu'il parle à des bons copains. Cela crée une empathie qui rend toute son histoire plus proche du lecteur, presque plus personnelle. A tel point qu'on ne se sent plus seulement le bon copain qui écoute les malheurs de Voltaire, mais qu'on s'identifie totalement au narrateur. Et qu'on en vient à se poser les mêmes questions que lui : que ferais-je fasse à la mort ? que chercherais-je à sauver ? qu'est-ce qui m'apparaitrait alors, dans tout ce qui fait ma vie, comme ayant le plus d'importance ? Et si je m'en sors, comment envisagerais-je la vie ensuite ? Prendrais-je de grandes résolutions ? Les tiendrais-je plus de vingt-quatre heures ?
En conclusion, il y a trois bonnes raisons de lire ce roman : le suspense, le style "décontracté" très plaisant (voire amusant (mais je suis un très bon client des blagues à deux balles)) et les questions qui se posent au narrateur (et donc à nous tous (même si on pourrait se les poser sans avoir besoin de lire un livre de Jaenada, ni même sans avoir besoin d'aller se cramer les sourcils sur une plage italienne (vous voyez que moi aussi je sais faire des parenthèses multiples (ce n'est pas si compliqué, finalement)))).

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21 avril 2009

Stéphane Michaka - La Fille de Carnegie

Ma rencontre avec ce roman de Stéphane Michaka a commencé sur le blog d'Antigone. Dans un billet en date du 2 mars, elle en disait le plus grand bien : j'ai retenu le titre et la couverture à la géométrie et à la luminosité caractéristiques. Je m'étais dit que je ne les oublierai pas et que je l'achèterai un de ces jours... Même si, parfois, un de ces jours, ça peut être lontain.

Michaka_la_fille_de_carnegie

La suite de l'histoire s'est produite à Lyon le 28 mars, lors du salon du livre policier "Quais du Polar". J'avais effectivement décidé de m'y rendre pour y rencontrer Patricia Parry, auteur dont j'apprécie tout particulièrement le style et les intrigues. La rencontre fut très agréable et, entre deux lecteurs qui lui demandaient des dédicaces, nous avons pu échangé sur nos vies d'écrivain, entre autres.
Et puis, j'ai aussi pu discuter avec un jeune homme assis juste à côté de Patricia, en tant qu'auteur de polar invité à ce salon, et qui s'est avéré fort sympathique. Evidemment, il s'agissait de Stéphane Michaka. Evidemment, je lui ai aussitôt dit que j'avais repéré son livre peu de temps avant et que c'était sans doute un signe du destin de le voir ce jour-là. Evidemment, je suis reparti avec le précieux volume !
Et bien m'en a pris : une fois encore, je ne regrette pas d'avoir suivi un avis de lecture d'Antigone.
"La fille de Carnegie" est certes un roman policier, puisque l'on suit dès le départ un flic plutôt antipathique, dénommé Bob Tourneur, et que l'on se retrouve, comme lui, impliqué dans la résolution d'un meurtre, survenu en pleine représentation de "La Flûte enchantée" au Métropolitan Opera de New York. La victime : un type d'une quarantaine d'années qui, d'après sa tenue trop décontractée, n'avait rien à faire dans ce lieu raffiné. L'assassin présumé : un type encore plus incongru, vêtu d'un tee-shirt "Bubbleland" (mais, c'est quoi, au fait, Bubbleland ?). Mais tout se complique quand on sait que la victime, touché par trois balles dans la poitrine, est tombée au milieu des spectateurs depuis la loge d'une riche héritière, la fille de Carnegie, et que l'assassin présumé n'est autre que Mike Lagana, ancien flic, ancien coéquipier de Bob Tourneur. Ce dernier va devoir composer avec tout cela et avec ses méthodes peu orthodoxes pour démêler ce sac de noeuds.
Mais ce roman n'est pas qu'un roman policier. C'est aussi un très beau roman d'amour. D'amours, au pluriel, pour être plus précis. Parce qu'elles sont nombreuses, s'entrecroisent d'une manière tout aussi complexe que les intrigues qui composent ce roman, et elles impliquent des personnages qui aiment d'autres personnes qui ne les aiment pas et en préfèrent d'autres. Mais si le pluriel est applicable au terme "amour", c'est aussi parce que Stéphane Michaka nous présente l'amour sous de nombreux visages : tendre, déçu, manipulateur, sensuel, passionné, cruel.
Et puis, parce que le talent de l'auteur ne pouvait se contenter de donner uniquement deux facettes à son roman, on trouve aussi entre les pages de "La fille de Carnegie", une plongée dans New York, celui des flics, celui des milliardaires qui vont à l'opéra, celui des cantatrices qui se soûlent dans les suites des palaces, celui des washaterias ("laveries" en spanglish) de spanish Harlem. Et cette immersion dans ces ambiances si diverses (et pleines d'érudition dans certains cas) est si réussie que l'on a du mal à refermer le livre sans un certain regret.
Un regret d'autant plus grand que l'on s'attache immanquablement aux protagonistes multiples de cette histoire multiple.  Car Stéphane Michaka fait tout pour qu'on les aime, ses personnages, même ceux qui semblent, au départ, être les pires salauds. Et même ceux que l'on aime dès le début et qui, finalement, sont peut-être pire encore. On leur pardonne, à tous, en fin de compte. Car rien n'est tout blanc ou tout noir dans cette ville complexe et grandiose qu'est New York. Et rien n'est tout blanc ni tout noir dans ce livre complexe et grandiose qu'est "La Fille de Carnegie".

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26 mars 2009

Andrew Holleran - Le Passant Chagrin

Après la mort de sa mère, un quinquagénaire, homosexuel, solitaire, accepte subitement, et temporairement, de changer de cadre de vie. Un ami lui propose un poste d'enseignant à Washington. Il va s'y installer. Pour un an. Il trouve une location au dernier étage d'une grande maison, splendide, raffinée, propriété d'un autre homme, du même âge ou à peu près et homosexuel lui aussi.
Ce roman est d'abord servi pas son style élégant, clair, simple et doux. Il est très juste dans les descriptions urbaines de Washington, de ses grandes artères, de ses monuments, de ses innombrables musées que parcourt le narrateur et qu'on a l'impression de parcourir à sa suite. Mais le style est aussi là pour nous faire visiter les sentiments, dont le principal est, comme l'indique le titre, le chagrin.
Il y a le chagrin du narrateur, plombé par sa solitude, par la disparition de nombreux de ses amis, emportés par le sida, par la mort de sa mère et plus encore par les phrases qu'il regrette (et regrettera toujours) de ne pas lui avoir dites tant qu'elle était vivante.
Mais il y a aussi le chagrin du propriétaire, qui vit seul (à part les locataires qui se succèdent) dans sa grande maison depuis des années. Pourtant, sa vie est bien remplie. Entre son travail prenant et son goût pour les beaux meubles et la décoration intérieure, il a largement de quoi s'occuper, non seulement au bureau, mais aussi dans sa majestueuse demeure, dont il aime à changer l'ambiance, en changeant le mobilier, les tentures, l'éclairage et pleins d'autres détails. Mais tout cela, le travail comme le logement, comme Washington aussi, ce n'est qu'un décor, de la poudre aux yeux pour cacher le vide qu'est sa vie. Et le chagrin qui va avec.

Holleran_le_passant_chagrin

Car lui aussi se sent seul. Et, tandis que son locataire, le narrateur, déambule dans la capitale, lui s'évertue à passer des petites annonces pour trouver l'âme soeur. Mais, parmi les hommes qu'il rencontre et avec lesquels il se contente d'un entretien dans le hall d'un hôtel, aucun ne lui convient. Et il retourne à sa solitude et à son chagrin.
Et puis, bien sûr, il y a le chagrin de Mary Lincoln, la femme du président assassiné. Parce que le narrrateur trouve, dans la chambre qu'il loue, un volume regroupant la correspondance de la veuve, les lettres de cette femme, que le destin aura elle aussi accablée, serviront de fil conducteur au roman d'Andrew Holleran. Elles serviront aussi de lien entre les deux hommes qui vivent sous le même toit : le propriétaire et le locataire. A de nombreuses reprises, ils échangeront leurs points de vue sur tel ou tel passage. Et l'auteur nous proposera alors des réflexions sur la solitude, les liens familiaux  ou amicaux et, surtout, la mort. Que reste-t-il de nous après cette étape inévitable ? Tous les protagonistes de ce roman n'auront pas la même réponse. La plus matérialiste (ou cynique ou ironique) étant celle de Franck, l'ami qui a proposé à notre narrateur de venir s'installer à Washington.

Pour Franck, après la mort, il n'y a plus rien. Avoir des remords vis-à-vis des morts, ou vouloir les honorer, entretenir leur souvenir, tout cela ne sert à rien : ils ne sont plus rien ; on ne peut plus rien faire pour eux ou avec eux.
S'il parle ainsi, Franck, c'est peut-être parce qu'il ne vit pas la même vie que le locataire et le propriétaire : lui , il est heureux : il vit un parfait amour, avec un autre homme que tout le monde lui envie. Le seul détail négatif dans ce beau tableau, c'est qu'il se bat avec un cancer.

Pour conclure, je dirai juste que ce beau roman m'a rappelé un peu "Le Portrait de Dorian Gray." Pas par le sujet, qui n'a rien à voir, mais par l'élégance du style et par ce personnage de Franck, très raffiné et qui ne manque pas une occasion de proférer quelque phrase édifiante sur tous les sujets possibles et imaginables, et toujours avec une légère touche de cynisme (ou d'ironie, comme je l'ai déjà dit). Par son comportement, ce Franck me rappelle Lord Henri Wotton, l'un des personnages du livre de Wilde. Par ailleurs, la recherche de l'amour, le regret de la jeunesse et, le goût pour les beaux objets et le soin apporté pour cultiver son apparence, rapprochent aussi le propriétaire du roman d'Holleran, du mode de vie de Dorian Gray. Sauf qu'il n'a pas le pouvoir, notre propriétaire, de retenir le temps. Quant au narrateur -locataire, observateur impuissant, simple passant miné par le chagrin et les regrets, c'est peut-être bien le costume de Basil Halward qu'il porte. Quoi qu'il en soit, "Le Passant Chagrin" est une lecture que je recommande, pour son texte, ses personnages, ses décors, ses idées. Beaucoup de qualités pour un seul livre !

PS : Je tiens aussi à signaler que ce roman a été traduit par Christine Spadaccini, qui n'est donc pas innocente de la beauté du texte. Christine est l'auteur, entre autres, du recueil de nouvelles "Existe en ciel". Un style très différent, plus vif et parfois bien plus cruel tout en sachant cultiver, lui aussi, la douceur, et dans lequel, en tant qu'auteur, elle se donne plus de liberté pour expérimenter les diverses possibilités du langage. Mais, qu'elle soit libre ou guidée par un auteur américain dont elle suit la pensée, Christine prouve qu'elle sait modeler les mots avec ce don qui s'appelle "art". A découvrir d'urgence, pour ceux qui ne l'auraient pas encore lue.
Et puis, pour le plaisir, vous pouvez lire ici l'explication du titre français du roman d'Andrew Holleran (qui s'intitule uniquement "Grief", en version originale).

Posté par SebastienFritsch à 10:10 - Lire - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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