Sébastien Fritsch, Ecrivain

Le 18 février 2009, est paru mon troisième roman : "Derrière toute chose exquise". Un roman bleu-noir, à la fois sentimental et cruel, dans lequel se tissent des liens tragiques entre la beauté et la mort.

05 décembre 2008

Envie

Envie de repartir,
De retourner vous voir, voyageurs indociles,
Et vous entendre geindre et vous entendre rire,
Et récolter vos joies, vos remords, vos fiertés, vos regrets,
Et tout ce que vous n'avez jamais dit.

Envie de vous parler,
Et de me laisser croire, dans nos premiers échanges,
Que je serais le maître, que vous m'obéiriez,
Avant que je comprenne qu'il me faut me soumettre :
A ces désirs, à ces renoncements, à ces indifférences qui sont les vôtres ;
Et à tous vos mensonges qui sont ma vérité.

Envie de vous aimer,
Les sombres et les purs,
Les forts et les tendres.
Les grands et les médiocres,
Les amants et les fous.
Envie de vous guider - de croire (encore !) que je vous guide -
Et me laisser entraîner par vous.

Soyez mes hôtes, mes amis, mes frères,
Soyez moi, s'il le faut,
Rivalisez d'audace pour me convaincre,
Rivalisez d'ardeur pour me séduire,
Rivalisez de coeur pour m'émouvoir,
Soyez mes personnages.

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09 juillet 2008

Oublier

Puisqu'il faut oublier, pourrai-je au moins choisir ?

Je garderai d'abord
Ce tout premier baiser au goût d'étonnement.
Je lui joindrai,
Compagnie silencieuse,
Le dernier, tout dernier, fragile fleur coupée.

Tout autour, j'ouvrirai une vieille musique,
Populaire et poignante,
Qui tournera sans cesse,
Ravivant de vieux rêves,
Des souvenirs d'enfance,
Et mes premières larmes.

Je retiendrai aussi,
Si je le peux encore,
Un jasmin,
un goût de chocolat,
Le doux velours fuyant d'un souffle d'air, l'été,
Et l'ocre lumineux d'une terre lointaine.

Ils m'aideront peut-être,
En rassurant mes sens,
A oublier la suite.
Oublier
La Zubia, Andalousie, avril 2008

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22 juin 2008

Sans cesse

La nuit renaît sans cesse
Et sans cesse s'enfuit.
Insouciante et dansante,
Ou drapée de silence,
N'a pas même un regard
Pas même un doux regret,
Quand nous tend en cadeau
D'accueil ou bien d'adieu,
Ce temps qui nous détruit.

La nuit renaît sans cesse,
Et ma promesse aussi.

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06 juin 2008

Ramasser du sable

Parlons encore un peu de ces dessins aimables
Que quelques corps d’enfants qui avaient le bel âge
Ont laissés étendus au matin sur la plage
Où s’incline ma main pour ramasser du sable.

Ils ont peint des chemins à la force du pas
Et des croix sur le ciel en écartant les bras ;
En posant les genoux, des ombres de prières ;
Quelques cris bien fragiles que caresse la mer.

Parlons surtout toujours de ces mains sur le sable
Qui ont, au moins une heure, laissé là, sur la plage,
Leurs empreintes vaincues, mais fières de ce message
Que sur le sable humide elles sont toutes semblables.

Elles ont percé la brume pour renverser les pierres ;
Elles ont sculpté la mer en un long ruban fier ;
Elles ont gravi les rocs pour y planter la gloire,
Pour modeler vos terres aux formes de l’espoir.

J’avais quelques amis, quelques hommes aimables.
J’ai eu, depuis, la chance d’avoir plus que leur âge.
Je suis venu ici, ramasser sur la plage
Leurs noms éparpillés au gré des grains de sable.
Je les ramènerai, là-bas, au Nebraska.

Ecrit le 6 juin 1994

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12 mai 2008

Où les enfants voyagent

Dans les yeux des enfants qui dorment
Il y a des fenêtres croqueuses de ciels, de sables et de rivières.

Dans les fenêtres des enfants qui dorment
Il y a des arbres ventrus
Pianotant des silences
Qui bercent le chant des rivières.

Dans les arbres des enfants qui dorment,
Il y a des oiseaux qui piquent les fruits rouges, les amours et les chants
En longs colliers de vies pour leurs douces aimées.

Dans les oiseaux des enfants qui dorment,
Il y a des rêves.
Andalousie_avril_2008_081
La Zubia - Andalousie - Avril 2008

Dans les rêves des oiseaux, les couleurs se marient aux espoirs, les rires les accompagnent, et le vent les dérange ; et les enfants qui dorment taisent leur chant de paix de peur de le briser contre une nuit trop noire.

Sur les oiseaux des enfants qui dorment,
Planent des nuages d’or
Qui parlent les soleils de toutes les contrées.

Sur les nuages des enfants qui dorment
Murmure un ciel d’été
Qui sait tant de promesses…

Sur le ciel des enfants qui dorment
Veillent leurs fenêtres.

Par la fenêtre, l’enfant revient.

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12 avril 2008

Lecture de "La Nouvelle" par Caro_carito

Une fois encore, je vais exploiter le travail des autres : au lieu de rédiger un billet, je vous invite à aller écouter la lecture de mon poème "La Nouvelle", faite sur son blog par Caro_carito. Il y a aussi deux autres textes, dont l'un écrit par un certain Charles. Ces textes ont été enregistrés, mais aussi lus lors d'une soirée poésie, "Les Poètes en Berry" à laquelle Caro_carito participe une fois par mois.
C'est un bien beau cadeau qu'elle m'a fait là ! C'est très émouvant d'entendre ses mots dit par quelqu'un d'autre.

(PS : Je vous laisse profiter de cette lecture pendant quelques jours, le temps d'un petit périple andalou en famille ; je vous ai juste programmé un petit message de rappel pour le 16 avril pour que vous n'oubliez pas d'aller voir votre libraire et lui commander "Le Sixième Crime". Je reviens le 21 et on en reparle).

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06 mars 2008

La nouvelle

A nous les nuits plus claires,
A nous les jours, les moments de silence
Durables et sereins.
Et s’il nous faut nous taire,
Cela aura un sens :
Ce sera par respect et non plus par absence.

A nous le corps des mots.
A nous leurs ors, leurs âmes à nos sourires
Fidèles.
Désormais leurs échos,
Oubliant de tarir
Bâtiront pièce à pièce un lieu pour y mûrir.

A nous le cœur du temps
A nous ses joies, de pages en offrandes
De flammes en images.
Quand le jour se détend
Et que nos yeux l’attendent,
Ils savent maintenant combien l’aurore est grande.

A nous le monde, en somme ;
A nous la pierre, la terre orange et dense
Et tous les fleuves fauves.
Les larmes que nous sommes
Sur la palette immense,
Confondues, ont fondé
Aquarelle nuance
Nouvelle.

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24 février 2008

Reflets sur fenêtre close

Que vient-il au poète ?
Que lui vient-il comme idées ?
Comme les soldats défilent,
Comme ils déflorent les villes,
Lui, le front sur le carreau,
Il regarde dans la cour.
La rue, il lui tourne le dos
Et il pense à l'amour.

Que vient-il au poète ?
Que lui vient-il comme idées ?
Comme les pauvres défilent,
Comme il déplorent leurs villes,
Lui, les yeux parmi ses mots,
Il sent tout ce bruit comme un crime.
La rue il lui tourne le dos
Et part en quête de ses rimes.

Que vient-il au poète ?
Que lui vient-il comme idées ?
Comme les enfants des villes
Commencent à chanter pour les filles,
Lui, la main sur son couteau,
Ses feuillets blancs comme le remords,
La rue il lui tourne le dos
Et il pense à la mort.

Que vient-il au poète ?
Que lui vient-il comme idées ?
Comme les femmes défilent,
Comme elles fleurissent la ville,
Lui, il baisse le rideau,
Il laisse le soleil pour la fête.
La rue, il lui tourne le dos
Et cherche d'où vient le poète.

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12 février 2008

Demain

Dans mon silence ému
Où s’endort un enfant,
Dans la paix de sa vie
Que mon regard défend ;
Dans les ors et les mauves
De ce soir
Où il me rend si fière ;

Dans la simple clarté
De tes yeux qui me suivent
Et l’écho de ton cœur
Dont mes lèvres s’avivent ;
Dans les bleus infinis de ce soir
Où tu me rends plus belle ;

Dans l’élan de mes mains
Qui écoutent mes rêves ;
Et dans la volonté
Qui longuement m’élève ;
Dans les couleurs uniques
De mes jours,
Dont je me rends maîtresse ;

Dans ces yeux inconnus
Aux prières sans fond
Sous ces liens de détresse
Que mes espoirs défont ;
Dans la lumière donnée
De mes jours
Et qui me rend vivante,

Je m’attends quelque part ;
Je suis tout près d’ici.

Ecrit pour une demoiselle qui avait 18 ans et un cruel manque d'espoir... à l'époque.

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08 janvier 2008

L'Espoir

L’espoir, c’est être un enfant,
Du début à la fin,
Ou le croire, au moins.

L’espoir, c’est partir encore,
Même sur des routes effacées
Et même au soir où sont nos corps.

L’espoir, c’est un regard de femme :
On comprend sa beauté quand on ne le voit plus
Et l’on cherche son nom une fois qu’on l'a perdu.

L’espoir, c’est une prière que l’on ne connait pas,
Qui dit merci pour tout et même pour demain.
Il ne demande rien, mais il sait qu’il pourra.

L’espoir, c’est la main d’un ami
Dont les yeux sont un "oui".
Et c’est sans le savoir que l’on est cet ami.

L’espoir, c’est un bateau que l’on envoie couler.
Qu’on l’appelle l’oubli, qu’on l’appelle pardon,
Il reviendra plus beau et nos bras s’ouvriront.

L’espoir, c’est savoir commencer
A se donner la main,
Quand on connait la fin.

L’espoir, c’est je t’aime
Quand il sait qu’il sera
Je t’aime encore.

L’espoir, c’est l’amour ou la folie
Ou les deux réunis.
Ou les deux ne sont qu’un ?

Jachere
Champ en jachère - Côte d'Or - Août 2007

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