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Nouvel ouvrage, nouvelle surprise. Après le roman intimiste et musical, la fable forestière, hivernale, étrange et inquiétante, la (triple) page d'Histoire, la chronique spatiale, le huis-clos sociologique et policier, Hugo Boris passe à tout autre chose. Une fois encore. Et nous partons avec lui pour une visite du quotidien : celui des usagers des transports ferroviaires parisiens. 
Si le contenu et le propos sont différents de tout ce qu'il a fait précédemment, la forme aussi nous dépayse : les souvenirs, pensées, saynètes qu'il rassemble ici ne font tout au plus que quelques pages, voire parfois seulement cinq ou six lignes. Il y a de l'exercice de style, dans cet ouvrage (comme dans les précédents, il me semble)
Pourtant, c'est bien Hugo Boris qui écrit et (aucun doute là non plus) c'est bien lui qui observe, analyse et nous apporte des questions. Il propose aussi quelques réponses, les siennes, sans nous les imposer. 
La plume du Courage des autres est bien la même que celle de l'auteur du Baiser dans la nuque ou de Police (et de ceux qui se sont intercalés entre ces deux titres) : écriture fine, précise, d'une grande clarté sans être clinique, d'une réelle beauté sans être artificielle. Mais le souffle qui parcourt ces pages est tout aussi caractéristique, montrant une aptitude unique d'Hugo Boris à déceler le détail qui pourra être porteur de sens, un sens universel, sans être banal.
Il n'y a, de ce fait, aucune caricature, aucun poncif dans ses personnages et les situations qu'il ravive pour nous. Et il n'y a aucune facilité dans sa manière de nous inviter à chercher, avec lui, comme lui, ce que peut signifier tel mot entendu, tel geste observé lors d'un trajet ou sur un quai ou dans une rue. Et plus encore que ce dont il a été témoin, il nous interroge, comme il s'est interrogé lui-même, sur le mot ou le geste qui n'ont jamais eu lieu ; parce que le courage a manqué sur le moment. 
Mais pourquoi le courage nous a manqué? Quelle crainte nous a retenus? La crainte de la douleur? de la honte? de la confrontation avec des images, des idées que l'on s'évertue depuis toujours à éviter?  
De quelle profondeur de notre être vient le piège qui retient ce courage, ces mots, ces gestes?
Peut-on un jour bondir hors de ce piège, le laisser derrière nous, s'enfuir à toutes jambes, courir vers l'autre, pour l'autre, pour aider notre semblable? 
Ce livre, très court dans sa forme, pose des questions qui durent bien plus que le temps de sa lecture. 
Encore un très beau rendez-vous avec Hugo Boris.