Valérie Tong Cuong - Providence

Qu’on appelle ça la chance, le destin, le hasard, la main de Dieu ou n’importe quel autre nom, il nous est sans doute tous arrivé une fois de nous réaliser qu’un détail, apparemment anodin, avait eu un impact inattendu sur notre vie. En perturbant le déroulement d’une de nos journées, en nous faisant prendre du retard, en modifiant un trajet, ce détail nous avait conduit à un endroit ou vers une personne qui allait, par la suite, offrir une direction totalement différente à notre existence.
Il s’écrit beaucoup de livres dans lesquels une succession de mauvais choix ou un enchaînement de difficultés vont conduire au drame. Et plus les malheurs s’accumulent, plus les larmes coulent dans les chaumières, plus le bouquin est réussi. Plus l’ombre est épaisse, plus le succès est éclatant. Dans ce roman, Valérie Tong Cuong nous emporte à l’opposé : vers la lumière. Elle entremêle les histoires, croisent les parcours, de manière très subtile au départ (deux passagers successifs du même taxi, deux clients attirés par le même macaron – le dernier ! – dans la même boutique, deux usagers du métro, dont l’un est pressé d’arriver et l’autre est pressé d’en finir…). L’auteur bâti ainsi une trame multicolore dont les nœuds se révèlent bien plus tard – et finissent par se resserrer : chaque protagoniste se trouve alors contraint (très bénéfique contrainte !) de mesurer à quel point il peut avoir de l’importance (alors que, pour la plupart d’entre eux, la sensation d’insignifiance s’imposait depuis des années). Mais qui sont ses personnages ? Comme souvent, quand les portraits sont réussis, il apparait bien vite qu’ils sont tout simplement des miroirs, dans lesquels chaque lecteur, chaque lectrice, pourra s’observer ? Mais alors, dans ce cas, Valérie Tong Cuong a-t-elle pour objectif de nous révéler que nous aussi, tous ses lecteurs, toutes ses lectrices, avons de l’importance ? Je le crois bien. Et pour cette raison, je n’hésite pas à conseiller vivement la lecture de ce roman ; un roman qui fait du bien.
Alors hasard, destin, chance ou main de Dieu ? Valérie Tong Cuong a choisi un mot bien plus plaisant à l’oreille : providence. Un mot qui s’avère aussi bien plus riche de sens. Providence : on dirait le nom d’une ville – celle dans laquelle nous devrions tous habiter. Providence : cela sonne comme un prénom – celui que nous portons tous, sans le savoir : car c’est cela que nous sommes l’un pour l’autre : la providence ; il faut savoir endosser ce rôle et donner aux autres le coup de pouce dont leurs vies ont besoin ; il faut savoir accepter ce don, aussi, quand la chance, le destin, le hasard ou Dieu et ses grandes mains semblent nous tourner le dos.