Donato Carrisi - Le Chuchoteur

Difficile pour moi de comprendre le succès de ce livre. A moins qu'il s'agisse d'un phénomène de manipulation psychologique de masse (comme en sont capables les "chuchoteurs") et que j'ai eu la chance de passer à côté.
Des prix, des centaines de milliers d'exemplaires vendus, des déluges d'éloges, mais pour quoi?
Pour un roman sans style, farci de répétitions qui dénotent un manque de vocabulaire affligeant et traduit à la va-vite (pour info, le médicament Atenololo a un nom français : Atenolol ; eh oui, beaucoup de mots italiens masculins se terminent par O... alors que ce n'est pas le cas de leur équivalent en français ; quelle découverte !). Enfin, de thriller, ce bouquin n'en a que l'intitulé sur la couverture : aucun suspense, aucune réflexion des enquêteurs lancés à la poursuite d'un tueur en série comme des clebs derrière la camionnette d'un charcutier : on lit juste une succession de petites histoires (bourrées de poncifs et agrémentées de récitations scolaires des passages les plus croustillants de l'encyclopédie des tueurs en série), organisées au fur et à mesure de la découverte des cadavres de cinq petites filles assassinées "sauvagement" (oui, pour faire vraiment thriller, il faut du sauvage, du dégueulasse et si, en plus, les victimes sont des petites filles, la machine à cash marche deux fois plus vite). Les pauvrettes ont été tuées par un sadique qui leur a coupé le bras gauche pour les laisser se vider de leur sang. Pourquoi le bras gauche? On le découvre à la fin, lorsque nous est exposé l'une des clés de l'intrigue. Enfin, quand je dis "clés", je devrais plutôt dire "invraisemblances", "grosses ficelles", "astuces scénaristiques à deux balles".
Le roman est en effet truffé de rebondissements tirés par les cheveux, de découvertes qui tombent comme des cheveux sur la soupe et de situations totalement illogiques qui donnent simplement envie de s'arracher les cheveux. (Oui, je sais, ce n'est pas drôle, mais je me mets au niveau. Essayez de me comprendre et arrêtez de couper les cheveux en quatre).
Exemple (attention, je spoile un peu : méfiez-vous si, après avoir lu ce que j'ai écris plus haut, vous avez toujours envie de lire ce bouquin) : Mila, l'héroïne, est une fliquette spécialisée pour retrouver les enfants enlevés. Elle est donc invitée à prêter main forte à une équipe d'enquêteurs qui ont cinq disparitions sur les bras. Elle entre donc dans l'équipe après que les enlèvements et tout le plan diabolique du chuchoteur ait été imaginé. Et pourtant, la prétendue "clé" de l'intrigue qui est divulguée à la fin fait le lien entre le tueur en série et... Mila, justement. Il a un don de divination, le garçon, ou quoi ?
Autre exemple : dans le déroulement du plan du tueur, il est prévu de séquestrer une mère et ses deux enfants ; et cela dure six mois (et ça finit pas bien pour eux, croyez-moi). Comment expliquez-vous que personne ne se soit demandé où était passée cette pauvre famille pendant une telle durée? Les voisins, les collègues de la dame, les copains des enfants, les profs, les grands-parents : personne pour venir demander des nouvelles? Ben non, sinon le scénario du roi du thriller tombe à l'eau. Alors on évacue l'éventualité d'une intervention extérieure en écrivant simplement que la femme séquestrée avec ses enfants voyait rarement ses propres parents. On ne précise pas qu'il ne savent pas utiliser un téléphone, mais ça doit être sous-entendu. Et voilà : c'est plié. Une autre question ?
Troisième (et dernier, promis, juré, craché par terre, si je mens, je vais en enfer... ou alors je lis un autre Donato Carrisi) exemple : l'un des cadavres de fillettes a été retrouvé dans les sous-sols d'un ancien orphelinat abandonné, perdu au milieu des bois (ouh, le beau cliché qui fait peur !) ; tous les flics inspectent l'endroit, ça envoie des experts dans tous les coins, du sol au plafond, puis, comme on ne trouve rien (sinon des larmes, cinq litres de larmes, mais des larmes artificielles, ce qui explique que, même si le cadavre est resté là plusieurs jours, elles n'aient pas séché : ben oui, l'eau ne s'évapore pas aussi vite si elle est salée naturellement ou artificiellement, vous ne saviez pas ça? ) mais ou en étais-je ? Ah oui ! Tous les flics, les experts, les photographes et les dizaines de gars qui ont passé au peigne fin l'ancien-orphelinat-abandonné-perdu-au-milieu-des-bois ont donc plié bagages. Et là, qu'est-ce qu'elle fait notre Mila? En pleine nuit? Elle va vérifier si on n'aurait pas oublié un petit détail, genre un micro dans un mur. Alors elle y retourne à l'ancien-orphelinat-abandonné-perdu-au-milieu-des-bois. Toute seule. En pleine nuit (oui, je me répète, moi aussi). Vous le voyez arriver, le TGV qui fonce dans le tunnel tous phares allumés ?
Et des exemples comme ça, d'une finesse aussi confondante, il y en a à chaque page ou à peu près.
Pourtant, je suis allé au bout de ma lecture... Je voulais savoir si un petit truc, à la fin, allait rattraper le tout. Mais non. C'est encore pire. Encore plus invraisemblable, incompréhensible, inintéressant.
Mais pourquoi donc, n'ai-je pas été emporté par ce fantastique thriller ("inspiré de faits réels"!)? Soit je suis vraiment trop bas du front pour comprendre, soit... Mais oui, c'est ça ! Je suis jaloux ! Je suis un écrivain jaloux du succès des autres et c'est pour ça que je m'amuse à dézinguer le boulot des autres. Ah, ben non, en fait. J'adore Modiano, Irving, Vargas, Connely... des auteurs qui ont du succès, eux aussi. Et un vrai style.