14 décembre 2008
Derrière toute chose exquise - Les premières lignes
Assise droite comme un i sur une banquette orange, elle lit. Et c'est en la découvrant ainsi, absorbée par des mots, indifférente au monde, inconsciente du pouvoir qu'elle exerce, que je tombe amoureux.
Je suspends mon mouvement, paralysé par ses yeux noirs – ces yeux pour lesquels je ne suis rien. Le grognement d'un autre voyageur dans mon dos me ramène sur terre, sur le marchepied d'un train, dans la gare de Meaux, en Seine-et-Marne, le quinze février 1993, quelques minutes avant huit heures.
Sans répliquer ni m'excuser, je monte la seconde marche, m'avance dans la voiture, choisis un strapontin juste en face de la jeune fille, à une distance suffisante pour qu'elle ne me remarque pas. Je m'assieds, glisse mon sac sous mes jambes, croise les bras et fixe mon regard sur elle.
D'autres passagers entrent, porteurs de froid et d'odeurs disharmonieuses. Ils bruissent alentour, colorent les franges de mon champ de vision, déplacent de l'air, m'indisposent faiblement. Puis le train démarre. Je n'ai entendu ni le signal sonore, ni le claquement des portes coulissantes : je suis déjà ailleurs, je suis en elle, entièrement soumis aux silences de ses lèvres, aux ardentes noirceurs de ses pupilles, à sa peau, à son front haut que nimbe, comme dans un rêve de cinéma, l'éclairage électrique pâle et froid.
A Lagny, je dois quitter ma place assise : nous sommes déjà trop nombreux. Je ne perds pas des yeux ma lectrice. Je continue à suivre, religieux, chacun de ses gestes : ses mains qui tiennent le roman à tour de rôle, puis conjointement, puis de nouveau séparément, quand l'une des deux commence à glisser un doigt sous la page qu'elle s'apprête à tourner ; ses bras, ses épaules, son front qui s'inclinent lorsqu'elle pose le livre sur ses genoux – alors ses cheveux fins coulent vers les pages, elle les relève sans y penser, d'un mouvement d'innocente sensualité.
Dans l'instant qui suit, elle se redresse, plaçant le volume à la hauteur de son visage. Elle s'accoude contre la vitre embuée, ses iris glissent avidement sur les lignes. Ses paupières qui palpitent, son sourire qui s'éclaire, sa lèvre qu'elle mordille m'offrent le savoureux reflet de tous les sentiments qui naissent à son esprit au fil de sa lecture.
C'est à l'un de ces moments, avant qu'elle abaisse de nouveau le livre, que je reconnais l'illustration de la couverture. Du fait de la distance, je n'en discerne que les teintes et vaguement les formes, tout comme je ne peux que deviner le titre en fonction de sa longueur. Cela me suffit pourtant pour identifier Le Portait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde.
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Vous pouvez retrouver ici l'illustration de la première de couverture ainsi que le texte de présentation de la quatrième.
Commentaires
Ca c'est vraiment pas sympa ! Déjà que le représentant n'a fait que me montrer la couverture du livre en me disant "non, seulement en février!" ... Bon, je vais aller chercher un autre livre en attendant ... Bonnes fêtes de fin d'année quand-même, sans rancune ...
@ Catherine : oh ! mais il n'est pas si loin, le mois de février ! Et peut-être que, d'ici là, je mettrai un petit extrait pour faire patienter... Bonne fêtes également et bon commencement de 2009.
On s'attend presque à voir monter Mandor dans le train, sa Panda lui ayant joué un tour pendable. Je le sens particulièrement capable de fondre devant une jolie fille en train de lire le portrait de Dorian Gray! ;) Oui, bon, je suis en train d'écrire un autre roman là mais faut bien s'occuper en attendant, hein? On sera là en février! Bisous!
@ Kiki, bien sûr, Mandor est toujours là où il se passe quelque chose. Et quand ça se passe à Meaux, en plus...
Pourtant, j'ai quand même deux objections à ton scénario : la première est qu'en 1993, Mandor était bien loin de Meaux ; et la deuxième est qu'une Fiat ne tombe jamais en panne... enfin, presque jamais.
Au passage, bravo à l'éditeur (ainsi qu'à celui de Christine Spadaccini). Commande passé chez eux dans la nuit de dimanche à lundi, livres reçus en même temps ce matin.
Bon ben on attend février ;-)
Un extrait de plus, ça sera encore plus dur, non ? En tout cas, aucune échappatoire possible pour l'interview radio: on parlera de trois livres au lieu de deux !
@ Christian : il était en bonne compagnie, mon roman, dans ta boîte aux lettres, avec le livre de Christine. Je te souhaite une bonne lecture pour les deux... en attendant février.
@ Catherine : bon, d'accord, je ne mettrai pas d'extrait... quoique, un petit... c'est quand même tentant... mmh... je ne sais pas si j'arriverai à résister...
En tout cas, pour l'interview, je ne résisterai pas et me laisserai tenter sans hésitation.
Alléchant ce petit extrait...bon si j'ai bien compris, c'est février ?! ;o))
@ Antigone : merci ; et je confirme : c'est bien en février qu'il sort ; le 18 février, même pour être précis.
J'aime! J'adore! J'attends avec impatience! :D
@ Lucile : merci beaucoup pour ce commentaire enthousiaste et encourageant. Je suis également très très impatient... pour d'autres raisons, sans doute.
Merci aussi pour tes voeux, laissés sur un autre billet. Bonne année à toi aussi.
Sans doute impatient de savoir ce que nous allons dire de "Derrière toute chose exquise"... ^_^ En tous cas j'ai vraiment hâte! :)
@ Lucile : oui, bien sûr, il y a cette impatience-là, mais il y a aussi l'impatience de tenir entre les mains la concrétisation d'un projet vieux de quinze ans (enfin, seize, maintenant).
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